Hidalgo : bilan critique de mi-mandat

Dans quelques semaines viendra le temps du bilan de mi-mandat pour Anne Hidalgo. Trois ans après l’élection municipale, l’essentiel des priorités développées dans son programme a reçu au moins un commencement d’exécution, nous offrant de jeter un œil à la fois rétrospectif et prospectif sur la mandature et de proposer un contrepoint critique à ce dont la maire de Paris se prévaudra bientôt, à grand renfort de communication.

Plusieurs dossiers mériteraient l’attention du public, au premier rang desquels la fermeture des voies sur berges rive droite, symbole d’une politique menée sans concertation ni vision d’ensemble de la région-capitale. Au-delà de ce sujet abondamment commenté depuis l’automne, trois autres sont déjà particulièrement emblématiques de la « gestion Hidalgo », ou du moins appelés à le devenir d’ici à 2020 : la politique du logement et ses conséquences contre-intuitives, la lutte poussive contre la malpropreté et les incivilités et les maigres évolutions apportées à la gouvernance de Paris.

Logement : une politique au bulldozer. Parmi les mesures annoncées en 2014, le logement tenait la première place. On serait mal inspiré d’en blâmer Anne Hidalgo, tant il est vrai qu’une politique volontariste est nécessaire pour permettre aux Parisiens de se loger décemment et pour maintenir le dynamisme démographique de la capitale, dans un contexte de forte pression sur le marché locatif et d’excès des locations saisonnières de type Airbnb. Ce sont plutôt les modalités de mise en œuvre de cette priorité qui encourent la critique : le tout-social, avec un objectif de 30 % des résidences principales à horizon 2030… et encore une fois sans vision d’ensemble du Grand Paris, malgré les perspectives ouvertes par la création du super-métro. Déjà, Bertrand Delanoë avait impulsé la remontée en puissance de la production de logements sociaux, déterminé à atteindre le seuil SRU de 20% à la fin de sa seconde mandature, soit six ans avant la date butoir fixée par la loi. Or, pendant la même période, non seulement le nombre de personnes inscrites sur le fichier des demandeurs n’a pas diminué, mais il n’a cessé de croître, de 100 000 en 2001 à 135 000 en 2014. Début 2016, 219 000 personnes étaient inscrites sur le fichier régionalisé. Le nombre de demandeurs a donc progressé plus vite que le nombre de logements locatifs sociaux créés. Est-ce là un succès à porter à l’actif de M. Delanoë, qui justifierait que l’on poursuivît dans la même voie, sans s’interroger sur les effets d’une politique conduite au volant d’un bulldozer ? Certainement pas. Pourtant, loin de questionner la méthode de son prédécesseur, Mme Hidalgo appuie sur l’accélérateur de l’engin fou : si l’on met en parallèle les objectifs affichés par la ville et l’évolution tendancielle du nombre de permis de construire délivrés chaque année, on peut estimer à environ 142 500 le nombre de logements sociaux à produire intra-muros dans les treize prochaines années. Avec des « externalités négatives » prévisibles : raréfaction de l’offre privée due à la part des préemptions dans la production totale de logements sociaux et création d’un parc social pléthorique générateur à moyen et long terme de coûts importants pour la collectivité (financiers, économiques et sociaux). Sans compter qu’en plaçant la barre très haut en matière de construction, Anne Hidalgo privilégie clairement le bétonnage contre la qualité de vie. Aussi longtemps qu’elle sera maire de Paris, chaque pouce de terrain disponible, chaque espace de respiration sera exploité. Et ce ne sont pas les quelques arpents piètrement végétalisés offerts aux écologistes en échange de leur ralliement en 2014 qui y changeront quoi que ce soit.

Malpropreté, incivilités : le point noir de la mandature ? Il suffit de baisser les yeux pour s’en rendre compte : Paris est de plus en plus sale. Dans tous les quartiers, c’est une impression de laisser-aller qui domine, à rebours de l’image que devrait renvoyer la capitale de la France. Les irréductibles qui continuent de prendre la ville pour une décharge à ciel ouvert expriment d’une manière peu glorieuse le caractère insoumis parfois prêté aux Parisiens. Au-delà de la malpropreté, ce sont toutes les formes d’incivilités qui, au cours des dernières années se sont développées ou enkystées. En application d’une promesse de campagne assez évasivement décrite dans son programme, Anne Hidalgo a certes créée une « brigade anti-incivilités » chargée notamment de dresser des p.v. Mais en vérité, il y a peu d’espoir que cette réforme donne des résultats spectaculaires, car elle n’est ni politiquement ni matériellement portée comme une priorité. L’enjeu est pourtant suffisamment sérieux pour qu’un candidat à la mairie de Paris soit un jour élu sur un programme qui aurait pour thème : faire de Paris une ville propre, où les gens respectent leur environnement et se respectent les uns les autres.

La gouvernance, impensé des années Hidalgo. Le renouvellement de la gouvernance parisienne devrait rester le grand impensé des années Hidalgo. Pas une ligne sur le statut de Paris dans le programme de celle qui aurait eu tout loisir, lorsqu’elle était première adjointe de Bertrand Delanoë, de méditer l’évolution institutionnelle de la capitale à travers les siècles pour en prévoir de nouveaux développements. Ce travail aurait pu déboucher sur la création d’une police municipale destinée précisément à lutter contre les incivilités et à assurer une présence dans nos quartiers, mais aussi à la décentralisation des compétences de proximité au niveau des mairies d’arrondissement, améliorant le service rendu aux contribuables parisiens, notamment pour les petits travaux de voirie. Au lieu de cela fut présenté au Parlement un texte inopportun, bâclé, au petit pied, prévoyant la fusion des quatre premiers arrondissements pour des considérations d’arithmétique électorale, le rapatriement de la  police du stationnement et des baignades et, au passage, l’autorisation de l’expérimentation des casinos – le tout sous couvert de réaliser une « conquête démocratique » – excusez du peu. Sur ce chapitre de la gouvernance on peut voir dans l’institution du budget participatif une évolution positive, à quelques réserves près… mais cette nouveauté est bien peu de chose par rapport aux occasions manquées.

Il serait prématuré de refuser quitus de sa gestion à Anne Hidalgo. Le souci de l’honnêteté et de la complétude doit d’ailleurs nous conduire à supposer que, parmi les nombreux chantiers de tous ordres qui ont été ouverts depuis le début de son mandat, certains pourront être portés à son actif. D’autres, au contraire, que je n’ai pas mentionnés, sont de nature à alourdir son passif. Pendant la première moitié de son mandat, la maire de Paris a confirmé sa bonne connaissance des dossiers parisiens. Élue « du cru », poussée sur le devant de la scène par Bertrand Delanoë, ce qui n’ôte rien à ses qualités propres, elle avait eu la préparation nécessaire pour le poste. Mais au total sa politique apparaît teintée d’idéologie, destinée plus à marquer le débat national qu’à répondre aux attentes des Parisiens qui l’ont élue.

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