Béton contre Respiration

Image de gauche : représentation d’un immeuble sur la parcelle en lisière du square ; Image de droite : la même parcelle, sur laquelle a été projeté le visuel du projet alternatif porté par les riverains (vues d’architecte – crédits : association Respiration Vaugirard)

 

Étude de cas.

La semaine dernière, rendant compte du conseil de quartier Vaugirard du 9 décembre, je faisais une nouvelle fois état de la volonté de Mme Hidalgo d’ériger un front bâti en lisière du square du Clos-Feuquières, sur une parcelle jadis intégrée au square. Face à ce projet absurde, j’exposais l’idée alternative, portée par des riverains résolus à défendre la qualité de vie dans leur quartier, d’un agrandissement du jardin, accompagné de la création d’un espace intergénérationnel (lieu d’accueil de la petite enfance et club seniors). Depuis lors, la presse s’est emparée de l’affaire, dévoilant à un public beaucoup plus large l’étrange paradoxe cultivé, si j’ose dire !, par la municipalité parisienne, dont les promesses végétales s’effilochent contre les rugueuses façades des immeubles qu’elle entend construire sur chaque pouce de terrain disponible.

Mais il faut pousser le raisonnement plus loin si l’on veut comprendre en quoi le combat pour l’agrandissement du square du Clos-Feuquières est la mère de toutes les batailles.

Depuis 2001, la politique de la ville de Paris consiste à produire toujours plus de logements subventionnés. Discuter le bien-fondé de cette politique mériterait bien plus qu’un simple billet de blog. Notons simplement qu’au cours des quinze dernières années, le nombre de demandeurs de logements sociaux enregistrés dans la capitale a progressé 1,5 fois plus vite que le nombre de logements effectivement créés. Ce fait devrait au minimum nous amener à reconsidérer l’argumentaire de l’hôtel de ville et à travailler à l’élaboration d’une politique du logement vraiment profitable.

Sus, revenons à nos moutons. Selon l’Atelier parisien d’urbanisme (association directement reliée à la mairie de Paris et présidée par le conseiller socialiste du 15e Claude Dargent), le taux de logements sociaux par rapport au nombre de résidences principales tangente aujourd’hui les 20%. Si la loi « solidarité et renouvellement urbains » (SRU) de 2000 était demeurée telle quelle, Paris serait désormais en conformité avec ses prescriptions… Cependant, la loi Duflot de 2013 a relevé à 25% le taux minimal obligatoire de logements sociaux par commune à horizon 2025. Et Mme Hidalgo, élève particulièrement zélée en la matière, s’est acquis le soutien des communistes à l’élection municipale de 2014 en s’engageant sur un objectif de 30% de logements sociaux dans Paris intra-muros à horizon 2030. Entre 20% aujourd’hui et 30% en 2030, la marche est haute – très haute. En effet, le schéma directeur régional prévoit que Paris devra créer 4 500 logements neufs par an d’ici à cette date. L’évolution tendancielle du nombre de permis de construire délivrés chaque année est conforme à la perspective envisagée et semble devoir nous faire estimer à 1,24 million le nombre de résidences principales à Paris en 2030. Potentiellement, le parc conventionné pourrait ainsi passer de 230 532 logements début 2016… à environ 373 000 en 2030. Si par malheur l’exécutif parisien était renouvelé en 2020, la progression actuelle du nombre de logements SRU, de l’ordre de 7 500 unités par an (nouvelles constructions et opérations de préemptions confondues), devrait lui permettre d’atteindre le taux SRU de 25% à peu près dans les temps. Mais ce rythme resterait nettement insuffisant pour parvenir au taux pour l’instant chimérique de 30%.

Quoi qu’il en soit, Mme Hidalgo et son adjoint Ian Brossat ont clairement pris le parti d’augmenter la cadence, en exploitant le moindre terrain appartenant à la ville ou à l’État et en profitant des opérations privées pour imposer leur quota de logements SRU. Autrement dit en bétonnant à tout-va, comme précisément ils voudraient le faire en lisière du square du Clos-Feuquières, sachant qu’un tiers environ de la production est réalisé par des constructions nouvelles. Le nouveau plan local d’urbanisme n’est pas pour nous rassurer sur ce point, n’en déplaise aux écologistes qui ont voté ce document en échange de quelques arpents de verdure de piètre qualité, autant dire d’un plat de lentilles.

Alors, oui, il faut construire. Il faut construire pour aider les familles parisiennes à se loger décemment et parce que le dynamisme démographique et économique du grand Paris est à ce prix. Il faut construire dans la nouvelle aire métropolitaine, bientôt structurée par le super-métro. Et à côté de l’offre sociale, dans des proportions à redéfinir, il faut laisser fonctionner un secteur privé très contraint par une politique de préemption dont l’un des effets induits est de renchérir l’accès au marché locatif non subventionné.

Mais cette nécessité ne doit pas empêcher de construire avec discernement : pas partout, ni n’importe comment – qu’il s’agisse d’ailleurs de logement social ou de logement privé. Parmi les grandes métropoles européennes, Paris est, de loin, la plus densément peuplée. Préserver la qualité de la vie de ses citoyens en y développant et en y respectant les espaces verts et plus généralement les espaces de respiration, indispensables pour lutter contre la pollution et les phénomènes d’îlots de chaleur urbains, devrait donc compter au nombre des priorités de la mairie centrale – à moins bien sûr que Mme Hidalgo ne veuille faire de notre ville une gigantesque cage à poules. Nul doute que le sort du square du Clos-Feuquières aura valeur d’exemple dans ce combat qui dessine la place de l’humain dans la cité.

NB : Pour que les idées deviennent réalité, vous pouvez toujours signer la pétition mise en ligne par les habitants.

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