La gauche au tournoi des égos

Les anciens barons de la Hollandie fourbissent leurs armes. Après s’être couvert de cendres hypocrites, Manuel Valls a officialisé sa candidature à la primaire, rejoignant Montebourg et leurs camarades dans une lice déjà pleine de poussière et de sueur. Macron s’apprête quant à lui à jouer le tout pour le tout en se présentant sous sa propre bannière au premier tour de la présidentielle, avec pour devise « audentes Fortuna juvat ». Observant le tournoi qui commence, on peut se demander quelle cause exactement servent ces personnalités bouillonnantes, hormis leurs ambitions respectives. On peut s’interroger sur leurs idées, sur leurs projets, et, au-delà, sur le programme d’une gauche de gouvernement qui pourrait bien être condamnée à n’exister plus que dans l’opposition.

De toute évidence, la droite et le centre ont quelques longueurs d’avance dans ce domaine. En désignant François Fillon pour être leur candidat en 2017, les électeurs de la primaire n’ont pas seulement choisi une forme d’incarnation du pouvoir, correspondant à l’idée que l’on peut se faire du « bon président » (serein dans l’exercice des responsabilités publiques, respectueux des institutions, probe sur le plan personnel et porteur d’une vision pour la France). Ils ont également plébiscité un projet puissant, construit sur les logiques complémentaires de la réforme de l’État et de la libération de l’économie. Et ce faisant, ils ont posé les termes du débat pour la campagne à venir.

Point de cela sur les ruines du Parti socialiste, où le combat est essentiellement d’égos. Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, pour prendre les figures les plus emblématiques d’une tendance assez nette à l’hypertrophie du « moi », paraissent obnubilés par d’autres desseins que de servir seulement la France ou même la gauche, quelle que soit par ailleurs leur sincérité en la matière. Certes, pour meubler les discours, l’un nous raconte l’histoire d’un rassemblement improbable car dépourvu de ligne politique, l’autre, celle d’un made in France en marinière pour couvertures de magazines, le troisième, celle d’un progrès évanescent au point de devenir ectoplasmique. Mais derrière les mots pour l’instant dépourvus de contenu programmatique vient immédiatement l’arrière-goût d’une ambition longtemps gardée en bouche.

Face à ce spectacle où chacun se proclame le héraut d’un camp dont on peine à discerner les contours (la « gauche », les « progressistes »), on est tenté de tirer deux conclusions – provisoires, cela va de soi. Premièrement, que le socialisme a perdu, tout au long du quinquennat de François Hollande, la plus grande partie de sa substance idéologique. Deuxièmement, que les successeurs putatifs du président renonçant, qui aura soin de n’instituer aucun légataire universel, ni parmi les Brutus, ni parmi les Pompée, sont trop occupés de comparer leurs cimiers pour se mettre en œuvre de reconstituer l’héritage. À les voir ainsi tournoyer, on en oublierait presque la vocation de la politique, qui n’est pas de servir tel ou tel intérêt individuel, mais de tendre ensemble vers le bien commun.

Qu’on vous oublie

logo huff postBillet publié dans les blogs du Huffington Post le 2 décembre 2016.

L’Histoire, seule, offre de juger les personnes et les actes. Sans doute est-il peu probable qu’on dise un jour de François Hollande qu’il a été un grand Président, comme certains s’y sont essayés jeudi soir, dans un accès de déraison dicté par l’enthousiasme du soulagement. Sans doute, entre le « je » du début et le « j’ai » de la fin, les plus sévères ne trouveront-ils qu’une page blanche, ou en tout cas une copie un peu brouillonne, à laquelle ils seront bien en peine d’attribuer la moyenne. Mais au moins pourra-t-on dire qu’il est parti de son plein gré. Au moins pourra-t-on dire qu’il est allé puiser, tout au fond de sa maladresse, assez de lucidité et de dignité pour quitter la scène avant les tomates et les huées.

Ce renoncement, certes conseillé par des records jamais égalés d’impopularité, sonne comme une abdication, dans une république où l’on croyait inéluctable de se présenter à sa propre succession. Voilà l’un des rares actes de volonté à porter au crédit d’un président qui s’est surtout distingué par son indécision, par son inconstance, par son incapacité à faire face aux crises. Plutôt bonhomme, pas inintelligent, moins manœuvrier qu’on l’a cru, mais de toute évidence pas fait pour le rôle, François Hollande aura été le Louis XVI d’un temps où la sanction du suffrage universel a remplacé l’absurdité du procès révolutionnaire.

Tournant donc cette page un peu brouillonne, en même temps que l’ensemble de mes concitoyens, je me permets de poser la question suivante: s’il avait fini son mandat point trop estropié, s’il avait raisonnablement pu nourrir quelque espoir de se maintenir dans sa fonction, du fait de sondages plus flatteurs ou d’un contexte plus favorable, eût-il pour autant été fondé à jouer à nouveau sa place?

Cette question n’est pas du domaine de la convenance personnelle, mais de la morale et de la philosophie. Tout le monde n’est pas Cincinnatus. Cependant, si le « désir » et l’ « envie » empiètent sur le devoir, si l’on aspire à paraître plutôt qu’à faire, à avoir plutôt qu’à être, si, ignorant la révolution horizontale qui bouleverse nos schémas d’antan, l’on aime mieux voir ses réalisations s’évanouir, plutôt que de risquer d’en perdre la paternité, alors, s’interroger sur le but de l’action publique –atteindre le bien commun– et sur son propre rapport au pouvoir, est une démarche salutaire, pour soi-même et pour les autres.

« Je veux mourir sur scène, c’est là que je suis née », chantait Dalida, avec la passion qui était la sienne. La politique, fort heureusement, n’est pas du music-hall. Agissez, puis faites en sorte qu’on vous oublie ; c’est là le plus grand bien que vous puissiez transmettre à la postérité.

Tribune Valeurs actuelles : « Frayer un chemin vers le bien commun »

logo VAL’issue de la primaire à droite et au centre nous laisse ainsi entrevoir, pour les mois à venir, la confrontation de deux projets politiques : celui de François Fillon, revendiqué comme réformateur, et un autre, porté par un candidat de gauche que l’on ne connaît pas encore, vraisemblablement moins allant sur le plan structurel.
Le programme de la droite, dont les lignes de force seront celles du projet plébiscité à la primaire, partira du constat que les principales faiblesses de notre économie résident d’une part dans le déficit de compétitivité de nos entreprises et d’autre part dans le poids insupportable de la dette, qui écrase nos marges de manœuvre budgétaires et nous place à la merci d’une hausse des taux d’intérêts. Il est en effet solidement établi qu’en fragilisant les deux piliers de l’économie sociale de marché, ces faiblesses mettent en danger notre système redistributif, garant de la cohésion sociale et donc clef de voûte de l’édifice républicain. Lire l’intégralité de la tribune publiée le 28 novembre sur le site de Valeurs actuelles.

Pourquoi la municipalité parisienne souffre d’un dédoublement de la personnalité

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Voir la vidéo du conseil d’arrondissement

Le conseil d’arrondissement du 28 novembre a été l’occasion de défendre une vision efficace de la démocratie participative par rapport aux effets de communication de la municipalité centrale (17mn), d’alerter sur l’insécurité dans le nouvel « éco-quartier » Boucicaut (51mn)… et de dire pourquoi, en matière de logement social, la mairie socialiste semble souffrir d’un dédoublement de la personnalité (1h40mn).

De la séparation des pouvoirs au partage du pouvoir

logo-opinionTribune publiée sur le site de l’Opinion le 28 octobre 2016

La démocratie est en crise. À l’approche de l’élection présidentielle, cette crise revêt deux aspects distincts mais indissociables. D’une part, l’incarnation du leadership, permise depuis 1958 par les institutions de la Ve République, est profondément questionnée, comme en témoigne l’abondance de candidats sur la ligne de départ. D’autre part, un parti populiste-autoritaire menace d’intégrer, à court ou moyen terme, le cercle restreint des partis de gouvernement. Lire  l’intégralité de la tribune sur le site de l’Opinion.

Le 15e couturé, balafré, scarifié

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Voir la vidéo à 1h27

Lors de la réunion du conseil d’arrondissement du 24 octobre, la majorité a déposé un vœu pour dénoncer l’état déplorable des trottoirs parisiens depuis l’entrée en vigueur du nouveau règlement de voirie. Notre collègue Franck Lefèvre a présenté ce vœu, répondant à mes interrogations.