Square du Clos-Feuquières : le conseil du 15e demande la mise en œuvre du projet alternatif

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Nouvelle étape dans la défense du projet alternatif pour le square du Clos-Feuquières. Après sa présentation en conseil de quartier par les habitants réunis dans l’association Respiration Vaugirard, le conseil du 15e arrondissement a adopté un vœu à la maire de Paris demandant sa mise en œuvre. Le débat sur ce vœu au conseil de Paris est très attendu par les plus de 2000 riverains signataires de la pétition demandant à Mme Hidalgo de renoncer à son projet d’immeuble et d’engager l’agrandissement de l’espace vert.

Autres sujets importants pour nos quartiers évoqués lors du conseil du 16 mars : la sécurisation de la petite ceinture, à travers un vœu présenté par Hubert Martinez, et la suppression des trajectoires d’hélicoptères survolant les immeubles du 15e, avant la fermeture définitive de l’héliport.

Optimisme de la volonté

Michel Onfray nous propose de commencer l’année 2017 sous d’encourageants auspices avec un ouvrage sobrement intitulé Décadence, dont l’argument principal serait « la fin de la civilisation occidentale ».

Sans émettre le moindre avis sur ce livre à paraître, je constate seulement qu’il rejoint un rayon toujours enrichi de titres aux accents prophétiques où sont recensées, pêle-mêle, les causes supposées d’un déclin tenu pour inexorable. Cette littérature n’est pas dénuée de fondements : assurément, ceux qui avaient prévu l’avènement d’une paix universelle permise par la démocratie libérale et l’économie de marché se sont lourdement trompés dans leurs calculs.

Cependant, l’avenir est-il aussi sombre que le prédisent les auteurs de ces  succès de librairie ? Comme toutes les époques de mue, la nôtre est certes pleine de dangers… mais elle regorge tout autant de possibilités nouvelles! Voilà en effet que la multiplication – réelle – des risques pour nos sociétés nous enjoint de créer les conditions d’un sursaut tendu vers une prospérité partagée et durable, vers une compréhension plus grande entre les peuples et entre les individus. Voilà que nous sommes obligés de faire œuvre de discernement pour préserver ce que nous jugeons essentiel en procédant aux changements que nous savons inéluctables.

Face à ces défis immenses, l’obsession nostalgique entretient la dépression collective plus qu’elle ne génère de véritable solution. Alors, en cette année électorale, plutôt que de pleurer les temps révolus, puissions-nous faire nôtre la fameuse formule de Gramsci : « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ». N’est-ce pas justement la raison d’être de la politique ?

Béton contre Respiration

Image de gauche : représentation d’un immeuble sur la parcelle en lisière du square ; Image de droite : la même parcelle, sur laquelle a été projeté le visuel du projet alternatif porté par les riverains (vues d’architecte – crédits : association Respiration Vaugirard)

 

Étude de cas.

La semaine dernière, rendant compte du conseil de quartier Vaugirard du 9 décembre, je faisais une nouvelle fois état de la volonté de Mme Hidalgo d’ériger un front bâti en lisière du square du Clos-Feuquières, sur une parcelle jadis intégrée au square. Face à ce projet absurde, j’exposais l’idée alternative, portée par des riverains résolus à défendre la qualité de vie dans leur quartier, d’un agrandissement du jardin, accompagné de la création d’un espace intergénérationnel (lieu d’accueil de la petite enfance et club seniors). Depuis lors, la presse s’est emparée de l’affaire, dévoilant à un public beaucoup plus large l’étrange paradoxe cultivé, si j’ose dire !, par la municipalité parisienne, dont les promesses végétales s’effilochent contre les rugueuses façades des immeubles qu’elle entend construire sur chaque pouce de terrain disponible.

Mais il faut pousser le raisonnement plus loin si l’on veut comprendre en quoi le combat pour l’agrandissement du square du Clos-Feuquières est la mère de toutes les batailles.

Depuis 2001, la politique de la ville de Paris consiste à produire toujours plus de logements subventionnés. Discuter le bien-fondé de cette politique mériterait bien plus qu’un simple billet de blog. Notons simplement qu’au cours des quinze dernières années, le nombre de demandeurs de logements sociaux enregistrés dans la capitale a progressé 1,5 fois plus vite que le nombre de logements effectivement créés. Ce fait devrait au minimum nous amener à reconsidérer l’argumentaire de l’hôtel de ville et à travailler à l’élaboration d’une politique du logement vraiment profitable.

Sus, revenons à nos moutons. Selon l’Atelier parisien d’urbanisme (association directement reliée à la mairie de Paris et présidée par le conseiller socialiste du 15e Claude Dargent), le taux de logements sociaux par rapport au nombre de résidences principales tangente aujourd’hui les 20%. Si la loi « solidarité et renouvellement urbains » (SRU) de 2000 était demeurée telle quelle, Paris serait désormais en conformité avec ses prescriptions… Cependant, la loi Duflot de 2013 a relevé à 25% le taux minimal obligatoire de logements sociaux par commune à horizon 2025. Et Mme Hidalgo, élève particulièrement zélée en la matière, s’est acquis le soutien des communistes à l’élection municipale de 2014 en s’engageant sur un objectif de 30% de logements sociaux dans Paris intra-muros à horizon 2030. Entre 20% aujourd’hui et 30% en 2030, la marche est haute – très haute. En effet, le schéma directeur régional prévoit que Paris devra créer 4 500 logements neufs par an d’ici à cette date. L’évolution tendancielle du nombre de permis de construire délivrés chaque année est conforme à la perspective envisagée et semble devoir nous faire estimer à 1,24 million le nombre de résidences principales à Paris en 2030. Potentiellement, le parc conventionné pourrait ainsi passer de 230 532 logements début 2016… à environ 373 000 en 2030. Si par malheur l’exécutif parisien était renouvelé en 2020, la progression actuelle du nombre de logements SRU, de l’ordre de 7 500 unités par an (nouvelles constructions et opérations de préemptions confondues), devrait lui permettre d’atteindre le taux SRU de 25% à peu près dans les temps. Mais ce rythme resterait nettement insuffisant pour parvenir au taux pour l’instant chimérique de 30%.

Quoi qu’il en soit, Mme Hidalgo et son adjoint Ian Brossat ont clairement pris le parti d’augmenter la cadence, en exploitant le moindre terrain appartenant à la ville ou à l’État et en profitant des opérations privées pour imposer leur quota de logements SRU. Autrement dit en bétonnant à tout-va, comme précisément ils voudraient le faire en lisière du square du Clos-Feuquières, sachant qu’un tiers environ de la production est réalisé par des constructions nouvelles. Le nouveau plan local d’urbanisme n’est pas pour nous rassurer sur ce point, n’en déplaise aux écologistes qui ont voté ce document en échange de quelques arpents de verdure de piètre qualité, autant dire d’un plat de lentilles.

Alors, oui, il faut construire. Il faut construire pour aider les familles parisiennes à se loger décemment et parce que le dynamisme démographique et économique du grand Paris est à ce prix. Il faut construire dans la nouvelle aire métropolitaine, bientôt structurée par le super-métro. Et à côté de l’offre sociale, dans des proportions à redéfinir, il faut laisser fonctionner un secteur privé très contraint par une politique de préemption dont l’un des effets induits est de renchérir l’accès au marché locatif non subventionné.

Mais cette nécessité ne doit pas empêcher de construire avec discernement : pas partout, ni n’importe comment – qu’il s’agisse d’ailleurs de logement social ou de logement privé. Parmi les grandes métropoles européennes, Paris est, de loin, la plus densément peuplée. Préserver la qualité de la vie de ses citoyens en y développant et en y respectant les espaces verts et plus généralement les espaces de respiration, indispensables pour lutter contre la pollution et les phénomènes d’îlots de chaleur urbains, devrait donc compter au nombre des priorités de la mairie centrale – à moins bien sûr que Mme Hidalgo ne veuille faire de notre ville une gigantesque cage à poules. Nul doute que le sort du square du Clos-Feuquières aura valeur d’exemple dans ce combat qui dessine la place de l’humain dans la cité.

NB : Pour que les idées deviennent réalité, vous pouvez toujours signer la pétition mise en ligne par les habitants.

Sauvons le square du Clos-Feuquières! (et autres sujets de conseil de quartier)

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Voir la vidéo du conseil de quartier Vaugirard/Parc des Expositions du 9 décembre 2016

Après avoir obtenu la rénovation du square du Clos-Feuquières, grâce à une mobilisation massive des habitants, l’heure est venue d’empêcher qu’il ne finisse littéralement emmuré entre les immeubles. Tout à son objectif de bétonner chaque pouce de terrain disponible, la maire de Paris s’est en effet mis en tête d’ériger un front bâti de cinquante logements en lisière de ce petit oasis de verdure. Mais les habitants ont eu une autre idée, qu’ils ont posée sur le papier avec l’aide d’une jeune architecte: agrandir l’espace vert et y intégrer le club senior existant ainsi qu’un nouveau lieu d’accueil pour la petite enfance. Présenté lors du conseil de quartier du 9 décembre, ce beau projet alternatif – écologique et intergénérationnel – a été reçu sous des applaudissements nourris. Il est déjà plébiscité par les riverains (près d’un millier de personnes ont signé la pétition à ce jour) et soutenu par la mairie du 15e arrondissement… Il ne manque donc plus que l’hôtel de ville revienne sur ses plans et se rallie à cette solution de bon sens !

Vous aussi :

Découvrez le projet alternatif des habitants

Signez et faites signer la pétition pour agrandir le square du Clos-Feuquières

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Voir la vidéo du conseil de quartier Citroën/Boucicaut du 8 décembre 2016

Le conseil de quartier Citroën/Boucicaut du 8 décembre a été l’occasion de présenter, outre plusieurs projets d’urbanisme, la démarche de végétalisation de la rue André Lefebvre, portée par l’association nouvellement créée « Javel fais-toi belle ». Le conseil de quartier soutiendra ce projet notamment en faisant l’acquisition de jardinières sur son budget d’investissement.

Le genre charismatique, signe des temps

Je n’étais pas à la Porte de Versailles samedi soir pour écouter Emmanuel Macron, mais l’écho de son meeting a résonné comme dans la nef d’une cathédrale, bien au-delà du parc des expositions. Les chaînes d’information ont en effet retransmis un final quasi messianique au cours duquel l’ex-collaborateur de François Hollande et candidat de son propre parti, siglé comme tel !, à la présidence de la République, au bord de la lévitation, a surtout donné l’impression de professer une foi inaltérable en son propre destin. En vérité, celui qui se pose en recours en vue de la présidentielle peine à ouvrir une voie exempte de contradictions, notamment dans son supposé domaine de prédilection qu’est l’économie. Pour faire ainsi cavalier seul, se pourrait-il qu’il ait été galvanisé par les fêtes johanniques auxquelles il a récemment pris part ? Il ne serait pas un cas isolé… Signe des temps, le genre charismatique se décline désormais sur presque toute la surface de l’échiquier politique, d’une gauche mélenchoniste en pleine dérive autocratique à un FN dynaste où le vernis médiatique renouvelle le culte du chef. Entre les deux, le « capitalisme-anti-système » semble avoir trouvé son prédicateur. Le retour en force du mythe de l’homme ou de la femme providentiels est pourtant en décalage complet avec un électorat en demande d’un projet cohérent et d’une méthode collective pour sortir le pays de la passe difficile où il se trouve.

La gauche au tournoi des égos

Les anciens barons de la Hollandie fourbissent leurs armes. Après s’être couvert de cendres hypocrites, Manuel Valls a officialisé sa candidature à la primaire, rejoignant Montebourg et leurs camarades dans une lice déjà pleine de poussière et de sueur. Macron s’apprête quant à lui à jouer le tout pour le tout en se présentant sous sa propre bannière au premier tour de la présidentielle, avec pour devise « audentes Fortuna juvat ». Observant le tournoi qui commence, on peut se demander quelle cause exactement servent ces personnalités bouillonnantes, hormis leurs ambitions respectives. On peut s’interroger sur leurs idées, sur leurs projets, et, au-delà, sur le programme d’une gauche de gouvernement qui pourrait bien être condamnée à n’exister plus que dans l’opposition.

De toute évidence, la droite et le centre ont quelques longueurs d’avance dans ce domaine. En désignant François Fillon pour être leur candidat en 2017, les électeurs de la primaire n’ont pas seulement choisi une forme d’incarnation du pouvoir, correspondant à l’idée que l’on peut se faire du « bon président » (serein dans l’exercice des responsabilités publiques, respectueux des institutions, probe sur le plan personnel et porteur d’une vision pour la France). Ils ont également plébiscité un projet puissant, construit sur les logiques complémentaires de la réforme de l’État et de la libération de l’économie. Et ce faisant, ils ont posé les termes du débat pour la campagne à venir.

Point de cela sur les ruines du Parti socialiste, où le combat est essentiellement d’égos. Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron, pour prendre les figures les plus emblématiques d’une tendance assez nette à l’hypertrophie du « moi », paraissent obnubilés par d’autres desseins que de servir seulement la France ou même la gauche, quelle que soit par ailleurs leur sincérité en la matière. Certes, pour meubler les discours, l’un nous raconte l’histoire d’un rassemblement improbable car dépourvu de ligne politique, l’autre, celle d’un made in France en marinière pour couvertures de magazines, le troisième, celle d’un progrès évanescent au point de devenir ectoplasmique. Mais derrière les mots pour l’instant dépourvus de contenu programmatique vient immédiatement l’arrière-goût d’une ambition longtemps gardée en bouche.

Face à ce spectacle où chacun se proclame le héraut d’un camp dont on peine à discerner les contours (la « gauche », les « progressistes »), on est tenté de tirer deux conclusions – provisoires, cela va de soi. Premièrement, que le socialisme a perdu, tout au long du quinquennat de François Hollande, la plus grande partie de sa substance idéologique. Deuxièmement, que les successeurs putatifs du président renonçant, qui aura soin de n’instituer aucun légataire universel, ni parmi les Brutus, ni parmi les Pompée, sont trop occupés de comparer leurs cimiers pour se mettre en œuvre de reconstituer l’héritage. À les voir ainsi tournoyer, on en oublierait presque la vocation de la politique, qui n’est pas de servir tel ou tel intérêt individuel, mais de tendre ensemble vers le bien commun.

Qu’on vous oublie

logo huff postBillet publié dans les blogs du Huffington Post le 2 décembre 2016.

L’Histoire, seule, offre de juger les personnes et les actes. Sans doute est-il peu probable qu’on dise un jour de François Hollande qu’il a été un grand Président, comme certains s’y sont essayés jeudi soir, dans un accès de déraison dicté par l’enthousiasme du soulagement. Sans doute, entre le « je » du début et le « j’ai » de la fin, les plus sévères ne trouveront-ils qu’une page blanche, ou en tout cas une copie un peu brouillonne, à laquelle ils seront bien en peine d’attribuer la moyenne. Mais au moins pourra-t-on dire qu’il est parti de son plein gré. Au moins pourra-t-on dire qu’il est allé puiser, tout au fond de sa maladresse, assez de lucidité et de dignité pour quitter la scène avant les tomates et les huées.

Ce renoncement, certes conseillé par des records jamais égalés d’impopularité, sonne comme une abdication, dans une république où l’on croyait inéluctable de se présenter à sa propre succession. Voilà l’un des rares actes de volonté à porter au crédit d’un président qui s’est surtout distingué par son indécision, par son inconstance, par son incapacité à faire face aux crises. Plutôt bonhomme, pas inintelligent, moins manœuvrier qu’on l’a cru, mais de toute évidence pas fait pour le rôle, François Hollande aura été le Louis XVI d’un temps où la sanction du suffrage universel a remplacé l’absurdité du procès révolutionnaire.

Tournant donc cette page un peu brouillonne, en même temps que l’ensemble de mes concitoyens, je me permets de poser la question suivante: s’il avait fini son mandat point trop estropié, s’il avait raisonnablement pu nourrir quelque espoir de se maintenir dans sa fonction, du fait de sondages plus flatteurs ou d’un contexte plus favorable, eût-il pour autant été fondé à jouer à nouveau sa place?

Cette question n’est pas du domaine de la convenance personnelle, mais de la morale et de la philosophie. Tout le monde n’est pas Cincinnatus. Cependant, si le « désir » et l’ « envie » empiètent sur le devoir, si l’on aspire à paraître plutôt qu’à faire, à avoir plutôt qu’à être, si, ignorant la révolution horizontale qui bouleverse nos schémas d’antan, l’on aime mieux voir ses réalisations s’évanouir, plutôt que de risquer d’en perdre la paternité, alors, s’interroger sur le but de l’action publique –atteindre le bien commun– et sur son propre rapport au pouvoir, est une démarche salutaire, pour soi-même et pour les autres.

« Je veux mourir sur scène, c’est là que je suis née », chantait Dalida, avec la passion qui était la sienne. La politique, fort heureusement, n’est pas du music-hall. Agissez, puis faites en sorte qu’on vous oublie ; c’est là le plus grand bien que vous puissiez transmettre à la postérité.

Tribune Valeurs actuelles : « Frayer un chemin vers le bien commun »

logo VAL’issue de la primaire à droite et au centre nous laisse ainsi entrevoir, pour les mois à venir, la confrontation de deux projets politiques : celui de François Fillon, revendiqué comme réformateur, et un autre, porté par un candidat de gauche que l’on ne connaît pas encore, vraisemblablement moins allant sur le plan structurel.
Le programme de la droite, dont les lignes de force seront celles du projet plébiscité à la primaire, partira du constat que les principales faiblesses de notre économie résident d’une part dans le déficit de compétitivité de nos entreprises et d’autre part dans le poids insupportable de la dette, qui écrase nos marges de manœuvre budgétaires et nous place à la merci d’une hausse des taux d’intérêts. Il est en effet solidement établi qu’en fragilisant les deux piliers de l’économie sociale de marché, ces faiblesses mettent en danger notre système redistributif, garant de la cohésion sociale et donc clef de voûte de l’édifice républicain. Lire l’intégralité de la tribune publiée le 28 novembre sur le site de Valeurs actuelles.